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Gardons le premier article de la constitution de 1959

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Durant la révolution et jusqu'aujourd'hui, vu la possibilité de changer de constitution ou certains articles de la constitution, certaines discussions ont tourné autour de l'article premier de la constitution tunisienne:

"La Tunisie est un Etat libre, indépendant et souverain ; sa religion est l'Islam, sa langue l'arabe et son régime la République."

 

Article 1 Constitution Tunisienne

Un camp s'est proclamé pro-laïque, en voulant modifier cet article et enlever toute référence à l'islam. D'autres camps se sont prononcés contre cette modification.

Je considère que nous devons pour l'instant garder cette référence à l'Islam, pour les raisons suivantes:

1.L'Etat perd le contrôle d'une éducation religieuse de qualité

Supposons que la Tunisie devienne un pays laïque. L'Etat n'aura plus le droit d'investir dans l'éducation islamique.

Deux options se présenteront:

a. Le programme de l'enseignement religieux dans les classes de l'enseignement fondamental devra changer fondamentalement de contenu, et on enseignera les religions d'un point de vue égal (les religions du livre/bouddhisme/etc ...), et non du point de vue islamique, qui pourtant reconnaît les autres religions du Livre et ainsi permet de les aborder à travers l'éducation islamique et spirituelle.

b. Ou bien l'enseignement religieux dans les établissements publics sera tout bonnement abandonné.

Dans les deux cas, ce vide d'éducation islamique et de la pensée islamique sera l'occasion inespérée pour certains obscurantistes d'occuper ce vide et d'enseigner une seule version de l'islam, qui n'admet aucune autre interprétation.

Je pense donc que l'enseignement de l'Islam et de la pensée islamique, dans sa diversité, va dans le sens d'une plus grande liberté religieuse, et qu'elle est préférable à un non enseignement, ou à un enseignement superficiel de l'Islam.

2. Un Etat laïque ou une cristallisation du débat politique sur la question laïque ouvrira la porte à toutes les récupérations

Nous l'avons vu lors de la manifestation du 19 Février pour la laïcité, cette revendication a tout de suite heurté la sensibilité de la plupart des tunisiens. De quelles statistiques je dispose? Aucune. Cette constatation résulte de mes discussions avec mes amis à Tunis, même parmi les "démocrates", éduqués et ouverts. Je pense que cet effet est encore plus grand chez couches populaires (ce qui ne signifie pas forcément qu'elles sont moins éduquées ou moins politisées, les différents sit-in à la Kasbah ont démontré le contraire).

Si un parti X, ou un mouvement, ou une association, se proclame de la laïcité, le débat politique, qui doit se faire à mon sens sur le plan des valeurs démocratiques, du modèle économique, des réformes sociales, de l'épanouissement culturel et du progrès éducatif, se recentrera sur cette question, et même si cette organisation laïque l'emporte sur ces plans là, elle perdra la bataille élecotrale à cause de son engagement laïque.

Les personnes qui étaient susceptibles de voter pour ce parti vu son programme électoral, voteront pour un autre parti N qui se proclamera gardien de l'identité musulmane en Tunisie, et n'iront pas jusqu'à consulter le programme économique du parti X.

Exemple concret: la guerre de deux points de vues opposés de la nation algérienne qu'ont eu les parti démocrates (FFS, RCD, PAGS) en Algérie avec le FIS. Le RCD (Rassemblement pour la Culture et la Démocratie) se réclamait de la laïcité. Le PAGS, de par sa définition de parti communiste, était considéré comme un parti d'athées, "pire" que laïque. Cela a créé un clivage dans la société algérienne que je n'ai heureusement pas encore vu en Tunisie.

Au risque de me répéter, s'il advient que nous devenions un pays laïque à court terme, ceci représentera un argument inespéré aux islamistes, qui se positionneront encore une fois en victimes, et rallieront à leurs causes tous les frustrés (à juste titre) et défenseurs d'une vision de l'identité tunisienne, qui pour une grande majorité, est arabo-musulmanne, avant d'être maghrébine, africaine ou méditerranéenne.

3. L'Islam, garant des principes moraux de la société

Pour la plupart d'entre nous, nous avons été élevé dans la peur d'aller en enfer: "...تسرق حرام، ربي ادخلك لل نار ، تكذب حرام ". Tout principe moral faisait référence à la religion. Après ce constat, il n'est pas réaliste de demander du jour au lendemain le désengagement de l'Etat dans les affaires religieuses. La laïcité de l'Etat doit venir du peuple, non d'un principe parachuté par une élite.

4. Plus important qu'un Etat laïque, nous avons besoin d'un Etat Démocratique et Égalitaire

Après les différentes discussions que j'ai eu avec les pro-laïques, j'ai remarqué que l'argument le plus cité dans les discussions, et qui motive cette revendication est :

- La volonté de faire barrage aux islamistes, ou la peur que je qualifierais d'hystérique des islamistes,

La peur des islamistes est justifiée par l'exemple algérien et iranien. Il est clair que le FIS en Algérie a proposé un modèle non-démocratique, allant même jusqu'à affirmer que la démocratie est une hérésie (Référence 3), et que les Khomeynistes ont créé et appliqué un système non-démocratique, sur beaucoup de points fondamentaux. Doit-on pour autant recourir à la laïcité pour exclure la mouvance islamiste, avec tous ses courants, du débat et du pouvoir démocratique, en s'appuyant sur la laïcité? Non, il y a moyen plus simple, plus juste: toute mouvance politique qui soit anti-démocratique n'a pas sa place dans le jeu politique. Ou bien l'on accepte le jeu démocratique, ou non.

Qu'est ce qu'accepter le jeu démocratique?

- C'est d'abord accepter de quitter le pouvoir quand le peuple en a décidé par les urnes.

- C'est aussi défendre le droit à toute force politique de s'exprimer librement, lui en fournir les moyens d'une façon égalitaire (par rapport aux autres forces politiques), à la seule condition que cette force politique accepte ces deux règles.

Vous voyez? Nous n'avons pas besoin d'un Etat laïque pour défendre la démocratie.

- La volonté qu'on ne touche pas à مجلة الأحول الشخصية.

Soyons réalistes, le Code du Statut Personnel n'est pas intouchable, même dans un Etat laïque. Sinon de quelle liberté de législation peut-on parler pour le futur pouvoir législatif?

Je suis concerné, comme tout citoyen, par une possible révision rétrograde de ce code, allant dans le sens d'une révision à la baisse des acquis des droits de la femme. Cependant, le seul article de loi sur lequel nous sommes en mesure d'empêcher tout changement est un article fondamental de la future Constitution, stipulant que des hommes, quelques soit leurs origines, leur sexe, leurs appartenance ou non appartenance religieuses, sont égaux du point de vue de leurs droits politiques.

L'article correspondant de l'actuel Constitution est l'article 6 (Références 1 et 2): "Tous les citoyens ont les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ils sont égaux devant la loi"

"الفصل السادس

كل المواطنين متساوون في الحقوق و الواجبات و هم سواء أمام القانون "

Supposons que le débat démocratique, un jour, débouche sur une majorité appelant à la légalisation de la polygamie, par exemple. La logique démocratique nous impose d'accepter cette légalisation, et il sera de notre devoir de nous battre, même si nous somme contre cette légalisation, pour la statuer.

Pourquoi? Par ce que les droits politiques des hommes, étant garantis par l'article sus-cité, permettra à une majorité future d'interdire la polygamie, une fois que la majorité aura changé d'avis.

Pour finir sur cet argument, le réel rempart à un futur non-démocratique en Tunisie, est non pas un Etat laïque, mais bien un pays démocratique et égalitaire, avec une constitution démocratique et égalitaire, protégée par des institutions défendant ces deux valeurs, une classe politique qui sera obligée pour activer légalement d'être démocratique et égalitaire, et enfin un peuple convaincu de la nécessité de respecter ces deux valeurs. Je dis égalitaire dans le sens des droits politiques.

 

Exemple à méditer, la République d'Irlande (Référence 4). Jusqu'en 1973, la constitution de ce pays incluait un article reconnaissant les religions catholique, chrétienne irlandaise, et juive, ainsi qu'un article spécifiant la place privilégiée de la religion catholique. Un referendum en 1973 a annulé ces articles. Cependant le préambule de la constitution contient toujours un article encore plus "religieux" que notre premier article: "The State acknowledges that the homage of [b]public worship is due to Almighty God[/b]. It shall [b]hold His Name in reverence, and shall respect and honour religion.[/b]"

Voilà un pays, qui était démocratique avant et après 1973, et dont la constitution contiens des articles se référant à la religion.

Je prends cet exemple pour dire ceci: ce qui est important et essentiel, encore une fois, c'est un Etat démocratique, égalitaire, et respectant les libertés religieuse de tout un chacun. Si un jour la société fait son chemin vers la laïcité, l'amendement du premier article de la constitution se fera par un referendum.

 

Comme la charte d'EchGolt l'impose, je dois présenter les impacts positifs et les impacts négatifs de cette proposition.

Impact positifs:

- Le débat politique ne se fera plus sur la question de la laïcité que je considère comme creuse, mais sur le plan des réformes sociales, économiques, culturelles, éducatives, qui à mon sens doivent être au  cœur du programme politique de tout parti.

- Par le maintien de cet article, les partis politiques se proclamant de l'islam et de la démocratie perdront un argument de poids populaire, et devront briller par des propositions plus essentiels (économie, éducation, culture, société).

- Enfin, par le maintien de cet article, nous prouverons (s'il est encore besoin de le prouver) que Islam et Etat démocratique ne sont pas incompatibles.

Impacts négatifs:

- Certains partis se référant à l'Islam, et à ce premier article, appelleront par un raisonnement législatif à ce que toutes les lois de la République soient conformes à leurs interprétations de l'Islam. Encore une fois, mon idée est que la même constitution garantisse en même temps la démocratie et l'égalité des droits politiques. Donc les lois ne pourront être votées ou amendées que par les urnes, et le retour en arrière (ou en avant! ça dépend du référentiel) sera toujours possible.

 

Références:

1. الرائد الرسمي للجمهورية التونسية الصادر في غرة جوان 1959 (Journal officiel de la république tunisienne, juin 1959)

2. Constitution de la République Tunisienne (2004)

3. Extrait de discours Ali BelHaj (numéro 2 FIS algérien) et Mostafa BRAHAMI (FIS)

4. Constitution of Ireland

5. Discussions autour de cette proposition sur le forum d'echGolt.com


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